Boxe dans les pénitenciers

Action porté par Mr Giraudet

Jeudi 5 Juillet 2012

Comme le dit la chanson, les portes du pénitencier de Poissy se sont refermées derrière nous samedi matin pour une journée de boxe en prison. Au premier abord, rien de bien motivant de passer une journée en centrale à Poissy. Jean-Pierre Giraudet, qui enseigne la boxe depuis 18 ans au pénitencier de Poissy, a réuni un plateau exceptionnel d’invités pour participer à cette journée boxe, dans le cadre du partenariat entre le ministère de la justice, la FFB et le CIF « développement de la pratique du sport en milieu carcéral ».

Lorsque vous passez chaque barrage de contrôle, vous sentez la liberté disparaître rapidement, les bruits des serrures, les claquements de portes, c’est une sensation très étrange pour moi. La particularité du pénitencier de Poissy est d’être une centrale pour les longues peines. Mais au centre d’une petite cour, nous sommes accueillis par le directeur adjoint et son équipe de surveillants autour d’un café-croissant avec qui nous allons passer la journée. Ils nous dispensent des quelques consignes de sécurité à respecter au sein du pénitencier.

En route pour la salle de sport, et pour se faire, nous passons encore quelques barrages de sécurité, pour arriver dans une immense cour où les détenus peuvent passer une grande partie de leur temps en pratiquant du sport, du jardinage, de la pétanque, etc., certains lisent dans un coin à l’ombre d’un grand mur en me faisant oublier rapidement où j’étais. Nous traversons celle-ci pour accéder au gymnase. Bizarrement rien ne ressemble à ce que j’imaginais, ni l’environnement, ni les détenus. Je comprends rapidement ce que me disait Jean-Pierre pendant la préparation de cette journée. Nous rencontrons des hommes comme nous, qui sont juste derrière les murs d’une prison, afin de purger une peine pour des fautes commises. Nous sommes environ 55 invités et participants, et rapidement les détenus rentrent timidement en s’appliquant de dire bonjour à tout le monde sans oublier personne. Etrange situation que je n’imaginais pas vivre : pas de barrière, ni matons comme on dit, mais juste des hommes qui cherchent un contact convivial et courtois, humain quoi !

Comme pour un combat de boxe, on a le traque avant d’entrer sur le ring, après on oublie tout, et c’est la même sensation que nous vivons. Très rapidement, Jean-Pierre donne le programme à l’ensemble des convives, et c’est Nina ainsi que Xavier Noel qui prennent une partie des invités et des détenus pour une séance d’Aéroboxe sur des rythmes endiablés. Et là, une ambiance sport s’installe, elle ne nous quittera pas de la journée. Xavier enchaine par une leçon de boxe à la Cubaine très suivie par l’ensemble des participants. On sent les surveillant très détendus sans stress et très cool avec les détenus qu’ils connaissent tous très bien, passant souvent plusieurs années avec, en les respectant. Evidemment nous ne sommes pas au pays des Bisounours, mais rien ne nous rappelle où nous sommes.

Après la pause déjeuner, nous reprenons à 14h00 avec la diffusion de plusieurs petits films. Le premier pour un hommage à Myriam Chomaz qui nous faisait ses adieux avant de repartir pour ses montagnes alpestres. Petit montage vidéo de sa carrière et une partie de sa vie, avant de recevoir un livre d’or signé par tous ses amis et collègues, initié par Jean-Pierre et remis par Bernard Benabdalah (Secrétaire Général du CIF). Séquence émotion. A suivre, le montage du combat victorieux d’Anne Sophie Mathis à Albuquerque face à Holly Holm. Et pour finir un montage du championnat du monde Julien Lorcy face à Jean Baptiste Mendy qui avait couronné BOBO en 1999. Bien chaud après la diffusion des images, le gala de boxe détenus vs. invités commence.C’est un plateau inédit que nous propose Jean-Pierre. Présenté par le grand Jean-Pierre Cossegal, mais quel enthousiasme de voir que pour une journée nous avons ouvert une lucarne vers la liberté à des hommes qui ne la connaîtront peut être que dans plusieurs années. Environ 18 assauts, et plus tard, un protocole de remise des récompenses, médailles, diplômes, trophées…

Une belle communion le temps d’une journée, pleine de rencontres improbables. Première réussie pour le directeur du pénitencier François Goetz, qui me glissait quelques mots : « Belle journée grâce à tous les invités qui a permis de faire oublier pendant quelques heures aux détenus où ils étaient ». Clairement, il m’a glissé aussi : « Nous n’avons pas cette ambiance tous les jours, nous sommes en centrale, et la réalité est là. Il existe des groupes et des clans, donc des rivalités qui sont tout à fait normales à cause de l’isolement. Là, aujourd’hui c’est la trêve. Ils profitent de cette belle journée, mais dès ce soir la vie reprend son cour, et chaque groupe va remonter sa garde ». Un détenu qui possède une très forte personnalité au sein du pénitencier (JF.P) me disait ses mots : « Merci pour cette magnifique journée, votre présence nous rappelle que nous sommes encore vivants ! J’ai des enfants dehors et je vais avoir des choses à leur raconter ». Je ne vous dis pas l’ensemble de notre conversation, mais je n’en retiens que l’échange humain que nous avons partagé ainsi que l’émotion que m’a donné JF.P. Merci à toi.

Ce qui m’a frappé le plus pendant toute cette journée, c’est le calme et la correction des détenus: pas un gros mot, pas une insulte et une tenue sur le ring irréprochable. Fin de cette inoubliable journée partagée avec mes amis et les détenus de la centrale de Poissy. Pour une journée, des hommes et des femmes ont échangé et partagé des émotions en toute simplicité grâce à la Boxe. Alors clairement mon regard a changé envers les détenus sans oublier la réalité des choses, et la cause de leur enfermement. Mais ils restent humains malgré les actes commis. Ils ont été jugés une fois…

Par Dominique Drouot

 

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